Fontana : Des p’tits trous des p’tits trous toujours des p’tits trous

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Lucio Fontana Spatial Concept 1949-50
© Fondazione Lucio Fontana, Milan

Des trous et des fentes sur monochrome : il y a souvent, si ce n’est à chaque vente, une œuvre de Lucio Fontana dans les enchères d’art contemporain de Christie’s et Sotheby’s. J’y prêtais peu d’attention, m’étant lassée de leur apparence simple et répétitive. Pourtant, quelques années plus tard, je me réjouis de la rétrospective de Lucio Fontana au Musée d’Art Moderne (MAM) de la Ville de Paris. De l’expo du MAM, j’en retiens que Lucio Fontana n’était pas iconoclaste dans l’exécution de ses trous et fentes : c’est un geste créateur et non destructeur de la peinture. Deuxièmement, il allait et venait entre abstraction et figuration, pratiquant les deux à la fois, l’une parfois en marge de l’autre mais il n’abandonne ni la figuration, ni l’abstraction.

Les rétrospectives ont tendance à accorder peu de temps, à juste titre, aux débuts d’un artiste avant le sommet de son art. Parfois les débuts d’un artiste annoncent la direction qu’il prend. Dans le cas Fontana, on pourrait voir un lien entre ses sculptures abstraites des débuts et ses toiles fendues. En revanche, pas du tout avec ses sculptures en céramique, au premier abord du moins. Il continue de créer en céramique toutefois, en sculptant de la matière épaisse mais travaillée à la manière du futuriste italien Umberto Boccioni. Il dessine aussi des nus féminins dans les années 1950, en marge de ses “tableaux troués”, ne délaissant pas la figuration.

Lucio Fontana est plus connu pour ses tableaux « troués » et « fendus » mais a toujours été engagé artistiquement. Il étudie et théorise les mouvements d’art auxquels il était lié et signe des manifestes : au début en relation avec la première exposition collective d’art abstrait italien, puis le Manifeste Blanc à Buenos Aires en 1946, avant le Manifeste baroque de 1951. Le mouvement spatialiste (1946-52) est la conclusion de ses recherches : il veut rompre avec le tableau de chevalet et dépasser peinture et sculpture, promouvoir la primauté de l’idée sur la matière et être la synthèse entre couleur, son, mouvement, espace en offrant une perception plus directe de l’espace. La plupart de ses œuvres sont titrées Concetto spaziale, tout médiums confondus.

La perforation des toiles n’est pas un geste destructeur et Fontana n’est guère iconoclaste, même si Fontana craint de détruire le tableau de son ami Jef Verheyen dans leur œuvre collaborative. Le trou est un motif, un coup de pinceau sur une peinture ou une incision sur une sculpture. Fontana effectue des trous au recto et au verso de la toile, quelquefois combinant les deux directions sur la même toile. La gestualité de la perforation est parfois mise en avant avec la trace visible de l’outil perforateur qui “ressort” de la toile. Plus tard, Fontana accentue, voire perfectionne, ses trous en y ajoutant des couches épaisses de peinture en 1960-62. Il dénomme Buchi ses trous sur toile monochrome, Pietre avec graviers de verre translucides colorés, Barocchi à la gestualité et contrastes marqués, Gessi en plâtre, dramatique et sourd et Inchiostri les encres et paysages vaporeux.

Lucio Fontana disait lui-même : « La fente, le trou […], ce n’était pas la destruction du tableau […], la recherche d’une dimension qui dépassait le cadre du tableau, la liberté de concevoir l’art à partir d’un nouveau moyen […] ». Il en produisait 150 par an ! « J’ai inventé une formule que je ne peux perfectionner […] ». J’étais curieuse à propos de ses fentes : Fontana les effectuait-il avec énergie ou avec détail ? Les deux, selon mon observation. Dans certains Taglis (toiles fendues), dont certains à multiples fentes, le papier est endommagé à l’endroit de la fente suggérant un geste rapide ; mais d’autres semblent étudiés avec un geste plus lent. D’ailleurs dans la salle vidéo de l’exposition, on entrevoit un geste lent et Fontana qui ajuste la fente pour un meilleur effet ; contrairement aux perforations en un seul coup énergique dans son œuvre en collaboration avec Jef Verheyen.

L’exposition se termine avec La fin de Dieu, traitant des origines de la vie, toiles ovales monochromes trouées, de couleurs vives et parfois pailletées. Les trous envahissent la toile, primant sur la matière… La rétrospective de Lucio Fontana est présentée au MAM jusqu’au 24 août 2014. La Galerie Tornabuoni Art présente en parallèle une exposition Lucio Fontana Rediscovery of a masterpiece jusqu’au 21 juin 2014.

20140519-221127.jpgConcetto spaziale, Attese, (Concept spatial, Attentes), 1966 © Fondazione Lucio Fontana, Milano / by SIAE / Adagp, Paris 2014

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