Henri Cartier-Bresson, le génie de la composition

Oui, la rétrospective Henri Cartier-Bresson au Centre Pompidou vaut la file d’attente – 1h15 un samedi de mars mais vous aurez peut-être plus de chance. Henri Cartier-Bresson est le street photographer par excellence, un style documentaire qui restitue les moments et situations candides d’inconnus dans un espace public. Mais le Centre Pompidou ne s’arrête pas la et présente les débuts surréalistes d’Henri Cartier-Bresson, ses grands voyages et son engagement politique.

L’exposition commence avec des vitrines, s’inspirant des vitrines d’Eugène Atget avec reflets, qui ont rendu ce dernier célèbre auprès des surréalistes. Les titres des photographies de vitrines d’Henri Cartier-Bresson sont des noms de villes et de pays ; c’est aussi le cas de paysages non représentatifs (ex : “Barcelone”, “Torchon, Angleterre”). On entrevoit une sublimation du banal comme Brassaï et on reconnait la patte surréaliste dans ‘Tête de nœud (Livourne, Toscane, Italie)’.

C’est surement ma sensibilité plus prononcée pour la peinture qui focalise mon regard sur la composition d’une photographie. À la fin des années 20, Henri Cartier-Bresson s’initie aux techniques de la Nouvelle Vision européenne : vues en plongée, composition géométrique et répétition du motif. Le mouvement est originaire du constructivisme russe puis assimilé par le Bauhaus (encore Moholy Nagy !). Les ombres participent à la composition d’Henri Cartier-Bresson, ainsi que les formes géométriques des tables rondes et rectangulaires de bistrot.

J’avais appris une technique de composition lors d’un cours de street photography organisé par la Royal Academy, que j’ai retrouvée dans l’exposition du Centre Pompidou : trouver un arrière-plan intéressant qui servirait d’écran et laisser le sujet venir au hasard (ex : un passant). Je pense que cette technique se rapproche de l’« explosante-fixe » – intitulée telle par le chef de file surréaliste André Breton – créée par Henri Cartier-Bresson attendant l’instant décisif (ou hasard objectif, je dirais) avec l’intuition du photographe qui anticipe un événement. Un merveilleux exemple est “Derrière la gare Saint-Lazare”, qui illustrait d’ailleurs notre cours.

La street photography ne représente finalement qu’une petite partie de l’exposition au Centre Pompidou. Je suis ressortie de l’exposition en ayant en tête l’engagement politique d’Henri Cartier-Bresson et le photojournalisme, tous les deux liés. Je me suis posée la question : est-ce qu’un photographe travaille sur la composition dans des photos dites politiques ? Éventuellement dans les reportages de moindre ambition comme les 6 jours de Paris. Henri Cartier-Bresson sait se faire oublier dans son choix du Photoreportage, il se mêle à la foule et photographie le public qui regarde plutôt que l’observé.

Enfin, vers la fin de l’exposition, on apprend pourquoi Henri Cartier-Bresson privilégie le noir & blanc. La couleur n’est qu’un “moyen de documentation”, non “d’expression artistique”. La rétrospective Henri Cartier-Bresson est présentée au Centre Pompidou jusqu’au 9 juin 2014.

20140426-235510.jpg© 2014 Henri Cartier-Bresson/Magnum Photos, courtesy Fondation Henri Cartier-Bresson, Paris

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