Brassaï, l’amoureux de Paris

Merci à l’Hôtel de Ville d’avoir prolongé l’exposition Brassaï Pour l’amour de Paris jusqu’au 29 mars. Brassaï (1899-1984) est un photographe né en Transylvanie en Roumanie, formé à Budapest et à Berlin, qui vécut longtemps à Paris. Son ami de longue date, l’auteur Henry Miller le surnommait “l’Œil de Paris”, dû à sa dévotion pour la Ville Lumière et à ses relations avec les artistes parisiens, notamment avec Picasso. Son Paris de Nuit est devenu un grand classique de la photographie de rue (‘street photography’).

À chaque fois que je vois une exposition photo, la même question me taraude : la photographie est-elle une branche de l’art au même titre que la peinture ? Des photographes tels que Brassaï, Harry Callahan (voir mon billet sur l’expo actuellement à la Tate Modern) et Henri Cartier Bresson (au Centre Pompidou jusqu’au 9 juin) ont démontré que la photographie était bel et bien une branche de l’art.

Toutefois, je pense que la question mérite d’être posée car on pourrait voir le sujet d’une photographie comme un ‘ready made‘, un sujet que l’artiste trouve “already-made”, c’est-à-dire déjà tout fait. Brassaï, lui, s’approprie les graffitis de Paris, les collectionnant en les photographiant. Qui est (davantage) l’artiste dans ce cas : Brassaï qui photographie les graffitis ou le street artiste qui a créé le graffiti ?

Brassaï répond partiellement à la question. Il considère la photographie comme une « construction mentale effectuée à partir du réel » : le photographe reconstruit le réel. Dans ses sculptures, exposées à l’Hôtel de Ville, il remarque même que « le modèle n’est jamais extérieur […], il lui appartient de le faire ressurgir ». À mon avis, ceci confirme le travail de l’artiste photographe qui trouve son modèle, qu’on pourrait définir ici comme “prêt à photographier”, et le reconstruit dans son cliché. Outre l’aspect technique de la photographie, je pense surtout que Brassaï a l’œil : nous étions éblouis par ses photographies de pavés dont la superbe Le ruisseau qui serpente (image ci-dessous).

Brassaï sublime le banal et le rend “merveilleux” ; il est intéressé par « les choses devenues banales, qu’on ne voit plus, dans la normalité du banal ». Il photographie Les chaises du Luxembourg en 1947, telles des personnes humaines. Il donne vie aux sculptures des jardins et aux gargouilles de cathédrale. Des portraits, et pas seulement donc, sont exposés à l’Hôtel de Ville – mon ami K. se demandait si les modèles des portraits par Brassaï posaient.

Les photographies de Brassaï reflètent également une époque et ses personnages. Comme les impressionnistes, soucieux de représenter les figures dans leur époque par la mode, on voit sur les photographies de Brassaï la mèche bouclée typique de l’époque sur le front des femmes, leurs sourcils fins des années 30, un livreur de lait, et on entrevoit même Kiki de Montparnasse ! Mon ami K, nouvel heureux propriétaire d’un Nikon D3200 avec un objectif 18-105, a eu l’idée de photographier des personnes avec leur smart phone – c’est dans l’air du temps !

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