Vallotton, pas si naïf que ça

J’ai commencé l’exposition en assimilant Félix Vallotton à un artiste naïf. Pourtant, son admiration pour Ingres le démarquait d’un Douanier Rousseau. En fait, je ne connaissais pas bien Vallotton ; je me souvenais seulement de ses nus féminins vus à la Villa Flora à Winterthur, en Suisse. J’ignorais son affiliation aux Nabis. En 1888, des artistes de l’académie Julian, dont Sérusier, Bonnard, Denis, Vuillard, Maillol, Gauguin et Vallotton, se regroupèrent sous le nom de Nabis (prophète en hébreu.) Caractéristiques de la peinture des Nabis : formes synthétiques cernées d’un contour bleu de Prusse ou noir ; planéité de la surface ; intensité des couleurs.

Je découvris donc les portraits de Vallotton aux fonds unis. Une ligne délimitant les contours mais pas aussi si prononcée que celle des autres Nabis. Des portraits de femmes au visage lisse et idéalisé. En 1895, ses paysages deviennent profondément nabis : par la pureté de la ligne, la planéité et les aplats de couleur, c’est à dire sans ombre, ni modelé, ni dégradé. Ces derniers forment la base du synthétisme mettant l’accent sur des motifs plats à deux dimensions, inspiré des estampes japonaises.

L’exposition du Grand Palais m’a donné l’opportunité d’étudier ces aplats de couleur. Est-ce une vue d’en haut c.-à-d. en surplomb qui facilite les aplats ? Eureka, j’ai compris grâce au panneau d’explication dans l’exposition. Vallotton dessine son premier plan debout et le second assis : il bascule ainsi la perspective de bas en haut, voire éjecte le ciel du tableau. C’est la dualité des angles de vision, qui rapproche les Nabis du japonisme.

Vallotton délaisse l’art des Nabis vers 1901. Ses scènes d’intérieur le rapprochent de Bonnard (en moins “brouillon”) et Vuillard (sans les trop riches décors), quoique ces derniers soient également nabis “repentis”. Ses scènes d’intérieur ont une atmosphère lourde. J’ai immédiatement identifié des scènes d’adultère, par l’intensité qui se dégage de ces intérieurs, les femmes au visage caché et la couleur rouge omniprésente.

Plus loin, je découvris les xylographies ou bois gravés de Vallotton. Je m’arrête peu souvent sur les gravures d’habitude mais celles de Vallotton dépassent les limites du noir et blanc en suggérant presque la couleur. La xylographie était le gagne pain de l’artiste qui l’a abandonné au profit de la peinture une fois le succès arrivé. Il y revient pour représenter la guerre, comme l’avait fait Picasso dans Guernica.

Ses natures mortes en fin de carrière sont très réalistes, très loin du lisse de ses débuts. On apprend à la fin de l’expo qu’il craignait le féminisme, voire les femmes. Un comble alors qu’il a représenté de si nombreux nus féminins. Vallotton, le feu sous la glace, est au Grand Palais jusqu’au 20 janvier 2014.

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