Oh, Roy… I love you, too… Lichtenstein au Centre Pompidou

Roy Lichtenstein arrive à Paris ! Je pourrais feindre l’originalité en prétendant ne pas avoir aimé la rétrospective de Lichtenstein – rétrospective qui démontre l’héritage artistique de Lichtenstein en 124 peintures et sculptures – mais ce n’est pas le cas. La rétrospective du Centre Pompidou, auparavant présentée à la Tate Modern à Londres, offre un panorama complet de l’art de Lichtenstein de transformer la culture populaire en beaux-arts.

L’exposition permet également de découvrir l’aspect facétieux de l’artiste Pop.

Lichtenstein est une figure de proue du Pop Art, un mouvement développé à la fin des années 50 aux États-Unis, qui s’inspire de la culture populaire. Le Pop Art est souvent considéré comme un contre-mouvement en réponse à l’art expressionnisme abstrait, symbolisé par les projections de peinture de Pollock. La série des Brushstrokes de Lichtenstein, particulièrement Brushstroke with Spatter (1966), pourrait ainsi être interprétée comme une parodie de la gestuelle de peinture de Pollock. Les influences de Lichtenstein sont diverses, comprenant la publicité, bandes dessinées et artistes modernes qu’il admirait. La capacité de Lichtenstein à transposer la culture populaire à celle des beaux-arts et la variété de ses influences m’ont particulièrement marquée et renvoient toutes deux au concept d’appropriation. Il s’approprie l’art des bandes dessinées et celui des artistes qui l’ont précédé.

Je pense que le tableau qui illustre le mieux le concept d’appropriation de Lichtenstein est Portrait Triptych (Study) qui montre sa réinterprétation d’œuvres d’artistes incluant Picasso, Monet et Mondrian. Sur le portrait gauche du triptyque, nous voyons une femme représentée selon le propre style de Lichtenstein : jolie, blonde et lèvres rouges, comme les femmes de sa série de romans d’amour. Dans le portrait du milieu, il dessine la même femme en utilisant les codes de Picasso, empruntant au cubisme : nous voyons le personnage féminin sous différents angles et ses traits sont simplifiés à la manière de Picasso au point de ressembler à un masque africain. Le troisième portrait sur la droite réduit le modèle à des lignes strictes utilisant l’abstraction de Mondrian, afin de faire un parallèle avec ce qui était initialement un portrait figuratif. Je pense que le triptyque est une démonstration espiègle de la capacité de Lichtenstein à s’approprier et réinterpréter les styles d’autres artistes.

Bien sûr, nous ne pouvons converser du Pop Art sans évoquer Andy Warhol, l’autre figure clé du Pop Art. J’aurais aimé que Warhol et Lichtenstein aient inventé le Pop Art comme Picasso et Braque avaient créé le cubisme ensemble. Comme Lichtenstein, Warhol a commencé dans un environnement artistique encore dominé par l’art expressionnisme abstrait de Rothko & compagnie. Warhol disait qu’il détestait l’expressionnisme abstrait et son art était certainement en réponse à ce dernier. Comme Lichtenstein, Warhol célébrait l’imagerie populaire et les sujets de ses œuvres d’art étaient banaux : Warhol peint une boîte de conserve ; Lichtenstein peint une poubelle.

Mais contrairement à Warhol, Lichtenstein était un peintre. À vrai dire, l’exposition Warhol 60 artists/50 years présentée au Met en 2012, n’a pas inclus Roy Lichtenstein. Il s’approprie les images de bandes dessinées et autres sources mais pas seulement : Lichtenstein a analysé l’impact des couleurs sur la psyché dans ses premières peintures ; les effets optiques dans ses paysages maritimes et dans la juxtaposition des points dans ses peintures Ben-Day ; les reflets de lumière dans ses miroirs ; et la perspective dans ses paysages chinois.

L’exposition au Centre Pompidou est une rétrospective remarquable de l’art de Roy Lichtenstein. Lichtenstein est connu pour son appropriation d’images de bandes-dessinées : il choisit une vignette, l’isole et la transpose en grand format, la transformant en art avec un grand A. L’exposition montre aussi le côté comique de Lichtenstein, particulièrement dans sa réinterprétation d’autres artistes. Il utilise la même méthode que celle du Portrait Triptych dans Bull Head I, II and III, que j’ai vu dans une collection privée, montrant une tête de taureau dans le style propre de Lichtenstein, à la Picasso dans l’œuvre du milieu, abstrait à la Mondrian dans la dernière peinture du triptyque. Son côté facétieux est également présent dans sa série Perfect/Imperfect, que vous devez voir pour saisir. Jusqu’au 4 novembre.

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