L’Art en guerre ou la création dans l’adversité

L’Art en guerre, exposition actuellement au Musée d’Art Moderne, est difficile à aborder mais permet enfin d’explorer l’art produit pendant la seconde guerre mondiale. Il n’est pas question ici de débattre de l’engagement politique de l’artiste mais de répondre aux questions : que produisaient les artistes pendant 1938-1947 et comment créer dans l’adversité ?

L’art, moyen de survie dans les camps d’internement
L’exposition commence par une section introductive surréaliste, interprétée comme prémonitoire. Pour les internés des camps en France en 1938-1946, l’art était le moyen de “survivre” aux privations de liberté et de dignité. 200 camps en France ont été établis en 1938-1946 sous le décret de 1938 autorisant à “rassembler les étrangers indésirables” : républicain espagnols, allemands anti-nazi, communistes français puis à partir de 1942, juifs soumis à la “solution finale”. Les internés incluaient Max Ernst et Hans Bellmer, loin de ses poupées déstructurées. Plus loin dans l’exposition, sont exposées des œuvres provenant des camps français après 1942, dans des conditions plus dures, notamment de Horst Rosenthal (‘Mickey au camp de Gurs’) et Charlotte Salomon dessinant sa vie comme dans une bande dessinée. En dehors des camps, Alberto Magnelli abandonna la peinture au profit de collages dans un souci involontaire d’économie de moyens.

Picasso en marge, s’isole dans son atelier et peint
La création dans l’adversité est également à propos pour Picasso, auquel une section est consacrée. Sa nationalité française lui étant refusée, il ne peut retourner en Espagne franquiste mais refuse de s’exiler. Victime de censure dans le monde de l’art parisien, qui se conforme aux règles de Vichy, il redouble de créativité et s’isole dans son atelier, atelier où il peignit le Guernica en 1937. Il y peint des vanités (natures mortes symbolisant la brièveté de la vie, le temps qui passe, la mort) ; ‘L’Aubade’ (1942), un nu féminin mais dans une pièce fermée aux coins menaçants et couleurs sombres ; et assemble ‘Tête de taureau’ un objet à la Duchamp constituée d’un guidon et selle de bicyclette. Sont également exposées trois peintures en noir & blanc dont un superbe Nu (1941, MAM Belfort), représentant Dora Maar de dos avec ses deux profils visibles à la fois – pour en savoir plus sur Picasso peignant en noir et blanc, lire ici.

La collection du Musée d’art moderne ouvre… en aout 1942
Pendant l’Occupation, le Musée d’art moderne exposa des artistes français (pas de Picasso donc) dans leurs périodes classiques dont ‘L’atelier de Perpignan’ de Dufy ; Marquet et son ‘Pont Neuf la nuit’, classique mais redoutable de modernité à la fois ; ‘Pichet et crâne, pichet ensablé’ de Braque et un Bonnard, ‘Coin de salle à manger’, qui semble ici hors contexte. Moins timorée, Jeanne Bûcher exposa des artistes “dégénérés “contre l’autocensure des galeries parisiennes. Enfin, l’exposition inclut également des artistes peu connus tels que Joseph Steib qui représenta dans un style naïf, Hitler, dont une cène reprenant les codes chrétiens.

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2 responses to “L’Art en guerre ou la création dans l’adversité

  1. Merci pour ce superbe post Fee culturelle, ta baguette (ou plutot stylo) magique ont encore frappé avec ce texte très informatif sur la production d’art en France pendnt la 2e Guerre Mondiale. Aujourd’hui on peut voir une analogie avec les artistes de pays avec un regime autoritaire comme la Chine, l’Iran qui ont des scenes artistiQues tres actives, l’oppression exacerberait il le besoin d’expression ? bravo encore…

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